En bref :
- Clara, 13 ans, souffre de dépression et a des pensées suicidaires.
- Toute l’année, Clara est accompagnée par le SESSAD de Villefranche-sur-Saône
- Pendant le confinement, Audrey Fichet, psychologue a dû adapter son accompagnement pour rassurer Clara
Clara, 13 ans, accompagnée par le SESSAD de Villefranche-sur-Saône, et Audrey Fichet, psychologue, échangent sur leur quotidien de “confinées” et sur l’évolution de l’accompagnement et de leur relation depuis le début de la crise sanitaire.
Le 30 mars, Clara W, 13 ans, s’est rendue au SESSAD de Villefranche-sur-Saône, pour rencontrer Audrey Fichet, psychologue qui l’accompagne depuis plusieurs années. Pour Audrey Fichet, il était important que ce rendez-vous ait lieu : “Le lien à distance n’est pas suffisant pour certaines personnes, comme Clara, qui ont besoin d’une proximité physique pour se sentir rassurées. On a bien sûr pris toutes les précautions nécessaires en respectant les gestes barrières”.
Depuis deux ans, Clara est accompagnée par le SESSAD : “Je m’appelle Clara, j’ai 13 ans. Je suis en classe de 4eme. Je vis en famille d’accueil depuis 11ans. Je suis en dépression et j’ai des pensées suicidaires. Au SESSAD, je suis accompagnée par Audrey avec qui on discute. Je suis aussi accompagnée d’une éducatrice et d’une orthophoniste avec qui on fait de la chorale. Je chante depuis que j’ai 3 ans, j’aime beaucoup la chorale.
L’écriture pour exprimer et partager ses ressentis
Pour Clara, le confinement est une épreuve particulièrement difficile : “Je vis très mal le confinement, ce n’est pas possible pour moi d’être enfermée, même si c’est bien aussi parce que le nombre de malades peut diminuer. Je me réfugie dans l’écriture de chansons. J’y parle de mes sentiments, mes humeurs”. Dans l’un de ses textes, “Chanson poétique”, Clara parle notamment de ses envies de mourir, de son histoire personnelle mais aussi de tout ce que lui apportent les deux psychologues qui la suivent.
En temps normal, Clara écrit un texte par semaine. Depuis le début du confinement, elle est passée à un rythme hebdomadaire de 2 à 3 chansons : un moyen pour elle d’exprimer ce qu’elle ressent. ”C’est très compliqué pour moi d’exprimer le négatif. La dépression, parfois on en guérit. Mais c’est compliqué d’en parler. C’est plus simple de l’écrire que de le dire. L’écriture me libère”.
Un nouveau cadre thérapeutique
Depuis le début du confinement, les équipes du SESSAD ont adapté leurs méthodes de travail et leur organisation. Pour Audrey Fichet : “ Le lien avec les jeunes et les familles est plus compliqué à maintenir mais il est aussi plus intense. Nous fonctionnons essentiellement par email ou par téléphone. Nous recensons les besoins des familles ou des proches, par exemple des jeux ou des livres. On leur prépare des boîtes qu’on leur transmet, sans rentrer en contact. Une fois qu’on les récupère, on les désinfecte. Quand on le peut, comme aujourd’hui avec Clara, nous organisons aussi des rencontres au SESSAD. Sinon, on se voit aussi en visioconférence. Nous nous adaptons aux besoins des familles. “
“En ce moment, l’une des difficultés que je rencontre en tant que professionnelle est la confusion entre le travail et la vie personnelle. Il faut veiller à garder une certaine disponibilité sans pour autant être envahie. Le cadre thérapeutique n’est plus construit comme avant ce qui peut être compliqué pour les personnes accompagnées. Nous devons aussi veiller à maintenir du lien, du collectif avec nos collègues. Même si on est loin physiquement, nous n’avons jamais été autant sollicités et finalement aussi proches”.
Préparer “l’après”
En matière d’accompagnement, Audrey anticipe aussi l’après-confinement : “pour certains, le retour à la réalité va être compliqué. De nouvelles pathologies vont émerger : des TOC (troubles obsessionnels compulsifs) par exemple, des angoisses d’attraper une maladie, la peur du lien social parce qu’on aura pris l’habitude d’être loin des autres“.
En attendant, Clara et Audrey échangent par téléphone ou par mail de manière quotidienne. Une présence et une disponibilité rassurantes pour l’adolescente qui sait qu’elle peut contacter Audrey si elle se sent angoissée.
Extrait du texte écrit par Clara :
Le manque d’affection que j’ai eu,
Je le ressens maintenant.
Je t’aime !
Tu as une voix douce
Cela m’apaise beaucoup quand je suis avec toi.
Je me sens en sécurité vers toi.
Je t’aime comme une personne de confiance.
Si je te perds
Je m’effondre en larmes.